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Guernica de Picasso à Madrid : ce qu'il faut savoir avant de se tenir devant le tableau

Guernica de Picasso à Madrid : ce qu'il faut savoir avant de se tenir devant le tableau

La plupart des gens qui se retrouvent devant Guernica l’ont déjà vu — dans des manuels scolaires, sur des affiches, en reproduction. Ce à quoi ils ne sont pas préparés, c’est la taille. Le tableau mesure 3,49 mètres de haut et 7,77 mètres de large. Il occupe tout le mur du fond de la Salle 206 du Reina Sofía. On ne le regarde pas comme on regarde une toile ordinaire. On se tient devant lui.

Le contexte compte. Guernica n’est pas un exercice abstrait. C’est le document d’une atrocité précise, peint en cinq semaines par un homme en colère. Comprendre ce qui s’est passé en avril 1937 — et ce qui est arrivé au tableau lui-même pendant les 44 années suivantes — transforme l’expérience de regarder un tableau célèbre en quelque chose de considérablement plus inconfortable.

Ce qui s’est passé à Guernica

Le 26 avril 1937, la ville basque de Guernica fut bombardée par la Légion Condor nazie allemande et l’Aviazione Legionaria fasciste italienne. Le bombardement fut effectué à la demande de Francisco Franco, dont les forces nationalistes combattaient le gouvernement républicain pendant la guerre civile espagnole. C’était un lundi — jour de marché. La ville était pleine.

L’attaque dura environ trois heures. Les avions lâchèrent des bombes et des engins incendiaires, puis mitraillèrent les civils dans les rues et les champs. Le nombre exact de morts reste contesté — les estimations varient d’environ 150 à plus de 1 600, selon les sources — mais l’ampleur des destructions était claire : les trois quarts de la ville furent détruits. Guernica était une petite ville civile sans valeur militaire significative. Elle fut choisie, en partie, pour tester l’efficacité du bombardement aérien contre une population civile sans défense.

La nouvelle parvint à Paris en quelques jours. Pablo Picasso, qui avait déjà été contacté pour créer une grande fresque pour le pavillon de la République espagnole à l’Exposition universelle de Paris de 1937, abandonna ce qu’il préparait et commença à travailler sur Guernica à la place.

Comment Picasso l’a peint

Il le peignit en cinq semaines. Des photographies prises par sa compagne Dora Maar documentent le processus — la toile à différentes étapes, Picasso travaillant dans son atelier parisien. Le tableau final est en huile sur toile et fut achevé en juin 1937, à temps pour l’Exposition universelle.

Picasso travaillait dans une palette de gris, de noirs et de blancs — un choix chromatique qui ne reflétait pas seulement l’esthétique cubiste, mais qui résonnait avec les photographies de presse en noir et blanc et les images d’actualité cinématographique à travers lesquelles le monde extérieur apprenait le bombardement. Cela donne au tableau la qualité d’un document, d’une photographie de presse soufflée à une échelle colossale.

L’échelle elle-même était une déclaration. Un tableau de cette taille en 1937 était le genre de chose qu’on faisait pour un roi ou un pape — une commémoration formelle, un monument. Picasso utilisa ce format pour commémorer un massacre de civils.

Le symbolisme

Guernica est plein d’images qui résistent aux interprétations définitives uniques, ce qui explique en partie pourquoi il reste fascinant. Picasso lui-même refusa de fournir une clé officielle, disant que le tableau se parlait de lui-même. Mais certains éléments reviennent dans l’analyse sérieuse :

Le cheval au centre du tableau, qui crie et s’effondre, est compris par la plupart des spécialistes comme représentant la République espagnole — ou le peuple, ou les innocents. C’est la figure qui souffre le plus visiblement.

Le taureau en haut à gauche se tient à l’écart de la destruction, regardant. Picasso utilisa le taureau — le toro — à plusieurs reprises dans son œuvre, souvent pour représenter la brutalité ou le pouvoir. Dans Guernica, le taureau est ambigu : est-ce Franco ? Sont-ce les forces de destruction ? Est-ce un témoin indifférent ? Picasso dit que le taureau était brutalité et obscurité.

L’ampoule électrique, en forme d’œil grand ouvert au sommet du tableau, projette une lumière dure sur la scène. La lampe tenue par un bras qui passe par une fenêtre est parfois lue comme une lampe d’enquête — le journalisme, ou la lumière qui rend l’atrocité visible. Ensemble, l’ampoule et la lampe suggèrent surveillance et exposition.

Les femmes qui crient dans tout le tableau — l’une tenant un enfant mort, une autre avec la tête renversée en arrière dans l’angoisse — comptent parmi les images les plus viscérales du tableau. Elles réapparaissent dans l’œuvre de Picasso de la même période, notamment dans la série des Femmes qui pleurent peinte juste après Guernica.

L’épée brisée et la fleur au bas du tableau, faciles à manquer, sont interprétées par beaucoup comme un signe d’espoir au milieu de la défaite — la fleur qui pousse encore dans les décombres.

Le voyage du tableau jusqu’à Madrid

Guernica fut exposé à l’Exposition universelle, puis il fit une tournée internationale pour lever des fonds et sensibiliser à la cause de la République espagnole. Après la chute de la République et l’arrivée au pouvoir de Franco, Picasso refusa de permettre le retour du tableau en Espagne. En 1939, il entra dans la collection permanente du Museum of Modern Art de New York, où il demeura pendant quatre décennies.

Picasso mourut en 1973 sans voir l’Espagne revenir à la démocratie. Dans son testament, il précisa que Guernica devait retourner en Espagne uniquement quand la liberté serait restaurée — quand la République espagnole aurait été rétablie, ou plus généralement quand l’Espagne serait libre. Franco mourut en 1975. L’Espagne effectua sa transition vers la démocratie. Une nouvelle constitution fut adoptée en 1978.

Le gouvernement espagnol commença des négociations formelles avec le MoMA. Le transfert fut contesté — le MoMA avait été le gardien du tableau pendant 40 ans et avait beaucoup investi dans sa conservation. Des arguments surgirent en Espagne sur la question de savoir si les conditions que Picasso avait précisées avaient vraiment été remplies (l’Espagne était désormais une monarchie constitutionnelle, non une république). Le Pays basque soutint que le tableau devrait aller à Guernica elle-même, ou au Guggenheim Bilbao une fois ce dernier créé.

Guernica arriva à Madrid en 1981. Il fut d’abord exposé au Casón del Buen Retiro, une aile du complexe du Prado, puis déplacé au Reina Sofía nouvellement ouvert en 1992. Il se trouve depuis dans la Salle 206 du Reina Sofía.

Se tenir devant lui

La Salle 206 est conçue autour du tableau. La pièce est assez large pour prendre du recul, et des bancs permettent de s’asseoir. Des agents de sécurité sont présents — il y a des restrictions sur la photographie au flash, et un incident en 2009 où un visiteur raya le tableau avec une clé conduisit à des mesures de protection renforcées.

Le tableau est exposé sans verre. Vous regardez la peinture à l’huile originale.

Prenez le temps de trouver les détails que la reproduction efface : la texture de la peinture, le journal que Picasso colla dans certains passages, la petite fleur en bas, les yeux du cheval. Approchez-vous, puis reculez jusqu’à la distance de vue. La composition prend plus de sens à environ cinq ou six mètres — assez près pour lire les éléments individuels, assez loin pour voir comment ils s’articulent.

La salle contient également les études préparatoires que Picasso réalisa pour le tableau, exposées sur les murs latéraux. Elles méritent l’examen : elles montrent le tableau se développant à partir des premières esquisses — des versions antérieures comportaient un poing levé, une figure à la main serrée — vers la composition finale. Regarder le tableau évoluer dans les études rend l’œuvre achevée plus lisible.

Consultez le guide complet du musée Reina Sofía pour le plan complet de la collection et ce qu’il faut voir lors de la même visite.

Informations pratiques

Le Reina Sofía se trouve Calle de Santa Isabel 52, à côté de la gare d’Atocha. La station de métro la plus proche est Atocha (Ligne 1).

Créneaux d’entrée gratuite : Lundi et mercredi au samedi de 19h à 21h. Toute la matinée du dimanche jusqu’à 14h30. Fermé le mardi.

L’entrée standard est de 12 €. Le créneau du dimanche matin gratuit (ouvert de 10h à 14h30) est le plus utile pour une visite conséquente — vous avez deux heures et demie, ce qui suffit pour l’ensemble de la collection permanente incluant Guernica. Pour un plan autour des créneaux gratuits dans les trois musées du Triangle d’Or, lisez le guide des heures gratuites des musées et l’évaluation honnête.

Guernica se trouve au deuxième étage (Edificio Sabatini). Depuis l’entrée principale, prenez les ascenseurs ou les escaliers jusqu’au deuxième étage et suivez les panneaux vers la collection permanente. La Salle 206 est bien indiquée. La marche depuis l’entrée jusqu’à Guernica prend environ quatre minutes.

Reina Sofía Guernica PrivateReina Sofía Guernica PrivateVérifier la disponibilité

Que voir au-delà de Guernica

La collection permanente du Reina Sofía couvre l’art espagnol du XXe siècle avec une profondeur qui va bien au-delà de Picasso. Le même étage que Guernica abrite d’importantes collections de Joan Miró et Juan Gris. L’étage supérieur contient des œuvres de Salvador Dalí, dont Le Grand Masturbateur et L’Énigme du désir. Ce sont des œuvres majeures, pas des travaux mineurs.

Le guide de la promenade artistique du Triangle d’Or suggère comment relier le Reina Sofía avec le Prado et le Thyssen-Bornemisza en une seule journée ou sur deux demi-journées.

Profiter du quartier après votre visite

Le musée se trouve dans le quartier Barrio de las Letras, l’une des zones les plus agréables de Madrid pour manger et boire après une visite de musée. Les rues entre Atocha et Sol — Calle Huertas, Calle del Prado, Calle Moratín — ont de bons bars à tapas, des bars à vins et des cafés littéraires qui ne sont pas principalement orientés touristes. Le quartier doit son nom aux écrivains du Siècle d’Or qui y vécurent : Cervantes, Lope de Vega et Quevedo habitaient tous à quelques pas de là où se trouve aujourd’hui le Reina Sofía.

Si vous avez passé quelques heures avec Guernica et la collection permanente, les rues du Barrio de las Letras sont un bon endroit pour s’asseoir avec un verre de vin et digérer ce qu’on a vu. Le contraste entre la violence brute de la Salle 206 et les plaisirs ordinaires d’un café de l’après-midi est lui-même une forme de perspective.

Le Retiro est à dix minutes à pied vers le nord et constitue un lieu naturel pour décompresser après une visite de musée intense. Le Palacio de Cristal et l’étang de barques sont tous deux gratuits.

Ce que Guernica demande au spectateur

Il y a une tendance à traiter Guernica comme un repère à cocher — quelque chose à voir parce que c’est célèbre, à photographier parce qu’il est là, et à quitter. Le tableau résiste à cette approche. Se tenir devant lui dix minutes vaut plus que de le photographier en deux.

Le contexte compte. Les dates précises — 26 avril 1937, jour de marché, trois heures de bombardements — comptent. Savoir que Picasso le peignit en cinq semaines, à Paris, à distance, avec des images d’actualité cinématographique et des photographies de presse comme seules sources, et que le tableau voyagea ensuite pendant quarante-quatre ans avant de revenir dans une Espagne démocratique — tout cela fait de l’œuvre plus qu’un célèbre tableau gris.

Guernica n’a pas été fait pour être étudié. Il a été fait pour être un témoignage. Se tenir dans la Salle 206 et lui accorder le temps qu’il demande est la chose la plus simple qu’on puisse faire en réponse.